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Les Banlieues
N’est-ce pas une injustice sociale et économique que vivre dans l’insécurité et la précarité d’une banlieue ? D’élever ses enfants dans un environnement qui bride leurs chances de réussir dans la vie ? Isolement, précarité, insécurité, ghettoïsation, drogue, violence… Vivre en sécurité n’est-il pas un droit que se doit de garantir l’État ?
Certains ne voient dans les banlieues que le stéréotype de la délinquance ou des prestations sociales. Nous y voyons d’abord une immense injustice économique : 5,3 millions de personnes défavorisées, souvent en situation de précarité, et des milliards d’euros de plans banlieues qui n’ont pas produit la prospérité escomptée.
Nous proposons d’un côté des réformes globales pour relancer l’économie et pour améliorer l’éducation, et, plus spécifiquement, de réaffecter une partie des effectifs de la suradministration vers la sécurité des banlieues pour lutter contre la loi du plus fort et ainsi permettre à tout le monde de vivre en paix.
C’est possible !

L’injustice des banlieues

L’insécurité dans les banlieues représente une injustice économique et sociale qui concerne directement 5,3 millions de personnes. Dans les quartiers prioritaires, 39 % des habitants ont moins de 25 ans, le taux de pauvreté atteint 44,3 % et le taux d’emploi des 25-44 ans n’est que de 57,9 %. Si le revenu moyen y était de 3 000 euros par mois, parlerait-on encore du « problème » des banlieues ? Il s’agit donc d’abord d’un problème économique, devenu un concentré des problématiques du déclin : chômage, précarité, échec scolaire, drogues, et délinquance.
Depuis les années 1980, les plans banlieues se succèdent. Environ 45 milliards d’euros de rénovation urbaine depuis 2003, 2,6 milliards par an pour l’éducation prioritaire. Mais au final, l’écart économique demeure : 47 % d’emploi en QPV contre 66 % hors QPV, 28 % de chômage contre 12 %. Dans son rapport de 2022 sur la politique de l’emploi en QPV, la Cour des comptes explique que face à cet enchevêtrement de dispositifs « les usagers, surtout les plus en difficulté, se trouvent face à une architecture complexe et illisible pour eux ». La démarche actuelle s’inscrit dans une logique de « l’aller vers » : les acteurs publics vont vers les habitants, avec toutes sortes de dispositifs de création d’emplois artificiels et inefficaces. Nous proposons donc l’inverse : le « laisser venir » avec des réformes qui favorisent l’accès des plus motivés à la formation, l’emploi ou l’entrepreneuriat pour ainsi créer au fil du temps un effet d’entraînement.

L’insécurité mène à la précarité

Beaucoup de jeunes délinquants auraient pu être informaticiens, comptables, commerciaux, agents d’assurances, enseignants, médecins… Malheureusement, ils grandissent dans un environnement souvent violent, happés par la délinquance dans les moments charnières où ils auraient pu construire une carrière, et ensuite cela renforce l’engrenage de l’insécurité et de la précarité des banlieues.
« C’est pas notre faute,
c’est l’environnement »
Oui, l’environnement conditionne et influence les trajectoires. Cela n’excuse en rien le mépris du droit des autres, mais l’explique : le nombre de mis en cause par habitant est ainsi 1,9 fois plus élevé dans les QPV que dans les territoires voisins, et 59 % des victimes sont des habitants du même quartier.
Nous proposons donc plusieurs réformes : la justice dissuasive pour lutter contre la récidive, la légalisation du cannabis pour tarir les trafics, le certificat d’études primaires et le CM3 pour rattraper l’échec avant le collège, et de vraies reconversions via l’assurance chômage universelle. Par ailleurs, toutes les aides sociales et toutes les subventions aux associations de quartier sont maintenues. Ainsi, plutôt qu’encore des dispositifs de création d’emplois artificiels, nous proposons de « laisser venir » : un marché du travail et un financement de l’entrepreneuriat désadministrés pour relancer le pouvoir d’achat. Mais surtout, nous proposons de briser le cercle vicieux de l’insécurité qui mène à la précarité.
RÉFORME : Reclassement de 100 000 fonctionnaires de la suradministration vers une police de proximité affectée aux banlieues, avec fin effective des contrôles au faciès.

La police de proximité

Nous proposons de lutter contre la loi du plus fort en déployant 100 mille nouveaux policiers dans les quartiers sensibles. Plutôt qu’une force d’intervention, il s’agira d’une police de proximité telle qu’elle fut malheureusement supprimée en 2003. Cette police de proximité assurera une présence permanente, protectrice et respectueuse des habitants, et elle ne pratiquera pas de contrôles au faciès dont les conséquences mènent finalement à des résultats contraires à l’intention. En parallèle avec la légalisation du cannabis, la police de proximité permettra de mettre fin aux trafics, aux larcins et autres incivilités qui se développent dans l’indifférence générale. Cette police de proximité effectuera une occupation paisible et permanente du terrain, y compris dans les transports en commun tard le soir, et redonnera aux habitants le ressenti de sécurité à toute heure. Imaginez alors l’impact de cette réforme sur l’échelle d’une génération.
Pour la financer, nous redirigeons une partie des ressources de la suradministration. La Police nationale compte 152 197 agents et la Gendarmerie nationale environ 102 000 agents hors réservistes, soit un effectif combiné d’environ 254 000. Le reclassement de 100 000 fonctionnaires vers la police de proximité représente donc une augmentation considérable des effectifs consacrés à la sécurité, d’autant que les effectifs actuels ne sont pas tous directement affectés à des opérations de patrouille. Nous redimensionnons d’abord les structures de formation, puis, parmi les effectifs de la suradministration du marché de l’emploi, du financement de l’entrepreneuriat et des collectivités locales, nous formerons 100 000 policiers par cohortes de 3 000, une nouvelle cohorte chaque mois, soit 36 cohortes en quatre ans.
Cela ne créera pas de nouvelles dépenses de salaire puisque les effectifs sont déjà en poste. Une partie des locaux de la suradministration sera reconvertie, par exemple certaines des 915 agences de France Travail. L’accent sera mis sur une police à pied et à VTT, ce qui limitera le coût d’achat de voitures, de carburant et de maintenance. Le coût du matériel est estimé à environ 5 000 euros par policier, soit 500 millions d’euros pour l’ensemble. Formation comprise, cela représentera autour de 150 millions d’euros par an pendant quatre ans, largement compensés par les économies de la désadministration.
Précarité et insécurité sont au final les rouages du même engrenage. Garantir la sécurité des banlieues, désadministrer l’emploi et rattraper l’échec scolaire dès le primaire permettront un environnement propice à l’émancipation, et pour y parvenir, nous proposons de reconvertir une partie des effectifs de la suradministration vers le service public de la sécurité.
DF